Voir toutes les actualitésS'abonner au flux RSS

Marie-Cécile, Auxiliaire de Puériculture malentendante nous parle de son métier

le 9 septembre 2014 - La Maison des Petits Pas

Marie-Cécile, Auxiliaire de Puériculture malentendante nous parle de son métierBienveillance et acceptation de la différence sont des valeurs chères au Groupe La Part de Rêve.
Ainsi, au delà du soin particulier apporté aux enfants en situation de handicap accueillis au sein des crèches du réseau, La Part de Rêve n’hésite pas à ouvrir ses portes aux professionnels de la Petite Enfance atteints d’un handicap.

Marie-Cécile Lemaitre est malentendante de naissance, elle est Auxiliaire de Puériculture au sein de la crèche La Maison des Petits Pas à Loches (37).
Lors d’une interview avec un interprète en langue des signes elle nous explique avec passion son quotidien à la crèche.



Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Marie-Cécile Lemaitre, je suis malentendante de naissance. Après avoir obtenu mon C.A.P. Petite Enfance j'ai fait un Brevet Technique Agricole option Sociale, en intégration complète.
Ce fut très compliqué de suivre les cours avec uniquement des élèves « entendants ». Quelquefois j'avais un interprète, parfois un professeur spécialisé ou un professeur normal.
C’est pendant cette formation que j'ai effectué un stage à Loches dans la halte-garderie La Souris Verte durant un mois. C'était très intéressant. J'ai découvert les enfants et aimé le métier. La halte-garderie m'a ensuite embauchée pour un Contrat Emploi Solidarité d’un an, puis j'ai poursuivi avec un Contrat Emploi Consolidé pendant 5 ans. Il m'a ensuite été proposé un CDI que j'ai accepté. En 2002-2003, La Souris Verte est devenue une crèche « Solution Crèche », puis a été reprise par le Groupe La Part de rêve. Je travaille donc ici depuis 13 ans.

Pourquoi vous êtes-vous tournée vers le secteur de la Petite Enfance ?

Petite, je ne voulais pas parler, je n’avais pas envie d’aller au cours d'orthophonie, j'utilisais seulement la langue des signes. Mais lors de mes stages auprès des enfants, j'ai été obligée de faire l'effort, il fallait que je m'intègre avec les « entendants ».
Avec la pratique j'ai de mieux en mieux parlé. J'ai toujours été attirée par le secteur de la Petite Enfance, mes stages de découverte en crèche familiale m’ont permis de m’ouvrir et de confirmer cette vocation.

Comment présentez-vous votre situation aux enfants de la crèche ?

Les comportements sont différents en fonction des enfants. Certains font attention, ont compris la surdité et s'expriment différemment, d'autres ne font pas attention.
L'enfant devine souvent. Il comprend la différence avec les autres.

Comment les enfants l’accueillent-il ?

Les réactions des enfants face à mon handicap sont différentes. Certains sont très contents de découvrir la langue des signes (les signes des animaux par exemple), alors que d'autres ne manifestent pas d'intérêt particulier.
Il n'y a pas de situation difficile, pas de rejet, car nous donnons beaucoup d'explications et répétons souvent que je n'entends pas. Si un enfant ne me comprend pas, une de mes collègues va lui réexpliquer.
Par exemple pour une activité, si je propose de la pâte à sel je m’efforce de préparer en même temps l’activité pour que les enfants me voient.
Je leur fais signe de venir et ils me rejoignent s’ils le veulent. Le choix se fait en fonction de l'activité et non en fonction de mon handicap.


Au quotidien, comment échangez-vous avec les enfants ?

Pour les petits, c'est essentiellement visuel. Par exemple je vois s’ils pleurent ou rient. Pour les moyens, je vois aussi s'ils pleurent, tapent ou rient. Je vois donc bien ce qui se passe.
Si c'est dans mon dos, mes collègues me préviennent. Si les enfants utilisent des mots simples comme « papa »,  « maman » ou « manger », je les comprends très bien. Les grands parlent plus, c'est parfois plus difficile. Je vais donc voir une collègue pour savoir si j'ai bien compris. J'ai plus besoin de leur aide.
Avec la langue des signes je « signe » les poésies, par exemple. Les enfants apprennent les signes simples comme les animaux. Ils aiment bien aussi tous les signes de politesse, comme par exemple « s'il te plaît ».
Mes collègues interviennent si les enfants me demandent quelque chose que je ne saisis pas. Pour les changes, je fais un peu d'oral en plus de la langue des signes.
Les enfants me comprennent et je les emmène au change.


Quel est votre lien avec les familles des enfants accueillis à la crèche ?

Durant mes stages j'étais très timide et mal à l'aise. Ma priorité était le travail avec les enfants, je faisais de l'oralité simple avec eux, j'avais peu de préoccupation des parents et mes collègues leur expliquaient ma situation.
Année après année, j'ai eu envie de discuter, j'ai fait des efforts, c'était de mieux en mieux. Maintenant cela dépend des parents. Certains font des efforts, mais de mon côté j'ose dorénavant. Je prends mon courage à deux mains pour dire que je n'ai pas compris ou demander d’aller moins vite, même si j'ai parfois besoin d'appeler une collègue en cas de problèmes de compréhension. Quelquefois, je fais appel à l’écriture.
Avant, il m’arrivait de ne pas parvenir à aller vers le parent. Ce n'était pas dû à eux, à leur attitude ou au handicap, c'était juste moi. J'ai eu besoin de temps pour aller vers les gens. Pour les adaptations, la Directrice me présente comme malentendante, et je le redis par la suite. Cela me demande encore beaucoup d'efforts et de courage, mais je n'ai plus peur du regard de l'autre, plus maintenant. Je suis compétente et je le sais.
Pour les nouveaux enfants, je suis à l'aise et ne rencontre pas de soucis sur les adaptations. Parfois, les enfants reproduisent des signes à la maison, le lendemain les parents viennent me voir et me demandent ce que cela veut dire. Certains parents m’ont même demandé où l’on pouvait apprendre la langue des signes !

Pouvez-vous nous parler des initiatives prises par la crèche La Maison des Petits Pas pour sensibiliser les enfants à la surdité ?

A la crèche La Maison des Petits Pas, signer avec les enfants est devenu naturel. Il n'y a pas de présentation théorique, tout se fait au fur et à mesure. Une collègue chante et je signe en même temps.
Mes collègues ont eu une initiation à la langue des signes, mais elles ne signent que très peu car elles n’ont pas toujours assez de temps.
Aussi, je bénéficie d'un interprète à chaque réunion d'équipe et réunion d'analyse de la pratique.
Mon rêve serait qu’un jour nous accueillions un enfant sourd, car je pourrais lui apporter beaucoup. J'ai même pu apprendre les signes de base à des enfants qui avaient un retard de langage.
Sinon, mon projet en ce moment est la préparation d’une réunion qui se déroulera en septembre, durant laquelle je présenterai la surdité aux nouveaux parents. 
 

Conception, réalisation : Agence ICOM - communication responsable - Toulouse

Solution de gestion de contenu : Blyss CMS, developpé par Kairn (Toulouse).